Kristof Serrand décoré Chevalier des Arts et des Lettres [en]

L’animateur de Dreamworks Animation Kristof Serrand a été décoré Chevalier des Arts et des Lettres par le Consul général de France Christophe Lemoine mardi 12 septembre 2017.
Retrouvez le discours prononcé par le Consul général à cette occasion et les photos de la cérémonie.


Cher Kristof Serrand,

Vous vous plaisez parfois à rappeler cette phrase du maître André Franquin, créateur de Gaston Lagaffe : « N’écoutez pas trop les dessinateurs, ils ne savent pas comment ils font. ». En embrassant votre brillante carrière, nous ne saurions que vous conseiller de continuer sans vraiment savoir comment !

Franquin avait bien conscience que ce don, on ne parvient pas vraiment à en donner une recette…

Vous incarnez avec brio la figure du gentleman artiste et bricoleur qui touche à tout avec une exécution si simple.

L’animation, ce bel art auquel vous avez consacré votre carrière, vous en parlez à merveille. Elle est le cœur de votre métier, vous permet de donner vis à des personnages imaginaires, à monter d’un seul bloc les corps, les attitudes et les voix.
Au fil des années au sein de Dreamworks Animation, vous avez donné vie à de nombreux personnages mythiques du studio : Moïse, Spirit, Grug, peuvent évoluer dans Le Prince d’Egypte, L’Etalon des plaines, et Les Croods, après avoir longtemps maturés sur vos écrans.
Vous avez même poussé cette dévotion jusqu’à prêter vos traits à un personnage de Shrek, preuve d’une belle abnégation.

Quand d’autres studios travaillent sur un film séquence après séquence, vous défendez une approche personnage par personnage, où chaque équipe se charge d’un héros, gagnant avec lui une intimité incomparable. C’est aussi cela le trésor de votre métier : toujours vous fabriquer de loyaux compagnons.

Si les dessinateurs ne savent pas ce qu’ils font, force est de constater qu’ils apprennent pourtant longtemps. La France, de ce point de vue, a la chance de dispenser d’excellentes formations, la vôtre emprunte trois institutions : l’Académie Charpentier de Paris, l’Ecole nationale des Beaux-Arts, et enfin l’Ecole des Gobelins qui vous est si chère et que vous fréquentez en 1982 et 1983. Pendant ces années d’études, vos camarades vous verront gratter des guitares avec le groupe Flying Banlieue Ouest, défaire vos adversaires au jeu d’échecs, et renoncer à la bande-dessinée : c’est une autre passion, l’animation, qui point derrière la diagonale du fou.

Les Gobelins vous doivent ce rôle d’ambassadeur, de premier à marcher, parti très tôt outre-Manche rejoindre Amblimation, le studio anglais de Steven Spielberg, puis Dreamworks, à Los Angeles, dès la fondation du studio en 1994. Ici, vous demeurez un ardent promoteur des écoles françaises, que vous ayez fréquenté leurs bancs ou non. L’Ecole Supérieure des métiers artistiques, la Motion Picture in Arles sont autant de centres de création qu’il s’agit de défendre et qui emportent vos suffrages, pour que l’Amérique mesure l’étendue du savoir-faire en France.

De ce savoir-faire, vous en donnez un bien bel exemple ! Vous avez connu les salles photosensibles, rouges et noires, les imprimés humides qui sèchent pour se figer, des techniques d’hier auxquelles, certes, on s’attache, mais qu’il a fallut mettre à jour. L’animation a changé, et même si vous maitrisez près d’une centaine d’années de techniques picturales, vous retournez à l’école pour apprendre la 3D et accompagner la révolution numérique qui a bouleversé vos techniques de travail.

Il n’est donc pas étonnant que les plus grands s’entourent de vous : Paul Grimault, mémoire du cinéma français, et Jacques Demy sur La Table tournante en 1986, Albert Uderzo deux années plus tard, et Steven Spielberg évidemment, avec qui vous entretenez une collaboration prolifique : Balto, Gang de requins, How to train your dragon, Les pingouins de Madagascar… Vous êtes également, depuis 2011, membre de l’Académie des Oscars.

Cher Kristof, ce discours est l’occasion de vous remercier pour vos attentions à l’égard de nos services, pour vos dessins, vos traits d’humour. Ils nous rappellent toute l’humilité et le naturel d’un grand professionnel, si respecté dans le monde de l’animation. Votre femme Sylviane et vous-même comptez ainsi parmi les amis proches de la représentation française en Californie. C’est toujours un plaisir de vous recevoir tous les deux, qui êtes toujours à l’affut de nouvelles découvertes culturelles et artistiques à Los Angeles et dans vos voyages.

Pour saluer votre talent hors pair ; pour votre promotion du savoir-faire français aux Etats-Unis dans un domaine de pointe, et pour réaffirmer l’amitié qui nous unit, nous sommes heureux de vous remettre aujourd’hui ces insignes.

Cher Kristof Serrand, au nom de la ministre de la Culture, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Dernière modification : 13/09/2017

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